Si Alby m’était contée

Alby sur Chéran est aujourd’hui le chef lieu d’un canton qui regroupe onze communes. Mais qu’en était-il auparavant ?

A l’époque gallo romaine, la commune s’appelait Arbiacum d’où est probablement issu le nom patois d’Arbi.

Elle fut le chef-lieu de l’Albanais sous Charlemagne à l’époque où se dénombraient 6 châteaux forts.


Place du trophée la nuit

Six châteaux assuraient la protection d’Alby et un donjon contrôlait le passage du Chéran.

  • le Châteauvieux, construit sur la rive droite du Chéran, face au Donjon. Il protégeait, avec le château de Pierrecharve, le passage de la rivière et la route d’Annecy à Chambéry. Ce château fut propriété des Comtes de Genève jusqu’en 1550.
  • le château de Montconon était situé à 2 km au sud d’Alby.
  • le château de Montdésir, situé à 500 mètres au sud du Pont-Neuf, gardait l’ancienne route entre Rumilly à Alby.
  • le château de Montpon fut d’abord la propriété de la famille de Richard. En 1580, la famille de La Faverge fut mise en possession du château. En 1801, le château passa à famille de Thiollaz jusqu’au cours du XXe siècle.
  • le château de Montvuagnard, autrefois appelé Vuagnard, tire son nom de la localité "Monte Vuagnardarum" près du bourg d’Alby. Il appartenait à la famille de Montvuagnard puis devint la propriété des seigneurs de Montpon. En 1755, les pierres du château en ruines, furent utilisées pour construire les écuries et communs de Montpon. En 1850, le comte de Thiollaz utilise les dernières pierres pour édifier une nouvelle aile du château de Montpon.
  • le château de Pierrecharve, situé à 1 km à l’est d’Alby mais sur la commune de Mûres, il protégeait un passage étroit du Chéran, franchi par un pont de bois, démonté à chaque danger d’invasion.

  • le Donjon, qui faisait partie des fortifications de la ville. Il fut démoli avant 1200. On n’a conservé que la chapelle, dont les murs ont une épaisseur de 2 mètres, pour faire le chœur de l’actuelle chapelle Saint-Maurice.

Le pagi (ou district) de l’Albanais comprenait tout le bassin autour du massif des Bauges avec Albens, Rumilly, Annecy, Faverges jusqu’au Val d’Arly au-dessus d’Ugine.

Le vieux bourg plusieurs fois ravagé par les flammes a su conserver sa structure médiévale. Les maisons qui bordent la place avec leurs arcades en pierres larges et basses couvrent des passages pavés de galets du Chéran.

Dès 1325 et jusqu’à la fin du 19ème siècle, le Vieux Bourg a résonné du travail de ses nombreux artisans :

  • les tisserands grâce au lin et au chanvre cultivés sur place,
  • les cordonniers qui transformaient le cuir en une haute chaussure traditionnelle. Plus tard, les cordonniers d’Alby travaillèrent pour l’armée. Ils étaient encore 300 en 1880.

Par ses artisans présents sur les foires d’Annecy, de Chambéry, du Châtelard à Bellegarde, la cité albygeoise rayonnait bien au-delà de ses murs.

On exerçait également une activité peu connue en France, l’orpaillage. La profession devint si rémunératrice, qu’à la fin du 13ème siècle, les seigneurs riverains revendiquèrent leurs droits.

En effet, le Chéran charrie des paillettes d’un or très pur (22-23 carats) à raison d’un demi-gramme par tonne d’alluvions arrachées par le torrent aux glaciers, aux rochers et aux filons de quartz. En 1867, un gardien de chèvres trouva une pépite de 43,50 grammes près du vieux pont d’Alby-sur-Chéran, un endroit d’accès dangereux.

L’imagination populaire crut longtemps que les eaux se chargeaient d’or en traversant des réserves souterraines de métal précieux, enfouies à une époque lointaine.

Des légendes se formèrent autour du Chéran, certaines prétendaient que des démons travaillaient à la fabrication de paillettes d’or.

Une autre légende raconte que le diable franchissait chaque nuit le Chéran avec deux mules chargées d’or. Des paysans décidèrent de lui livrer leurs âmes pour qu’il leur fasse connaître le lieu où était caché le précieux métal. Mais le démon ne se montra pas.

Aujourd’hui certains prétendent que douze apôtres en or massif et grandeur nature sont cachés dans les environs ; statues fabriquées avec l’or du Chéran.

Alby devint ensuite un centre métallurgique actif avec la Fonderie des Alpes, qui a fermé ses portes dans les années 1970.

La construction d’un barrage sur le Chéran permit à Alby d’être l’une des premières villes électrifiées de France. Aujourd’hui, ce barrage n’est plus en fonctionnement.

Au cours des siècles, la cité albigeoise a su abriter une intense activité économique. Autrefois ville de cordonniers, elle accueille depuis 1984 une zone industrielle dynamique placée au cœur d’un courant d’échanges régionaux et internationaux.