Le jardin médiéval

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre et de Plantul.org.

Du VIIe au XIIIe siècle l’Europe féodale développe une forme distincte de jardins, notamment sous l’influence de l’expansion monastique.

Plantes et formes géométriques possèdent une puissante valeur symbolique qui enracine le jardin dans la lecture de l’Ancien Testament et dans la vision du monde de l’époque.

Tous ces Edens proposent une vision du Paradis perdu où l’homme vivait en autarcie, à l’abri des difficultés de la vie.

Un des documents référence concernant le thème du jardin médiéval est le plan de Saint-Gall. Il s’agit du plus ancien et extraordinaire document conservé depuis l’an 820 représentant un complexe de bâtiments du Moyen Age (ici une église et un cloitre d’une centaine de moines).

Le jardin médiéval se décompose généralement en damiers de carrés composant des jardins distincts :

  • Le jardin des simples ou herbularius
  • Le jardin potager ou hortus, où des plessis d’osier tressé abritent légumes anciens, condiments et petits fruits.
  • Le verger ou viridarium
  • Le jardin d’agrément
  • Le jardin secret ou conclusus


Monastère de Saint Gall

Certaines catégories de plantes n’avaient pas de jardins dédiés et faisaient partie des espaces verts déjà cités : il en va ainsi des fleurs ou des plantes textiles et tinctoriales. Les fleurs étaient cultivées depuis toujours dans les monastères tout à la fois pour leur beauté, leurs symboles et la décoration liturgique. Elles pouvaient être vues dans tous les jardins à la fois dans la période médiévale.

Les bordures des parterres de plantation, dits carrés ou planches, sont très souvent faits de plessis, de pierres, de planches, ou de verdure, comme le buis ou la myrte.

Plesse, ou plessis (N.m), appelés aussi fascine (N.f), vieux mots qui désignent des haies, des palissades faites de branches tressées de manière très serrée, laissant le moins de vide possible.

Le plessis a servi pour protéger les carrés de plantations, mais plus encore, le jardin lui-même. Sa solidité est souvent renforcée avec d’autres plantes (arbres, arbustes) autour desquelles il est entrelacé. Le mot vient du latin plexum, vieux français plaix, ples, plessé, qui a donné de nombreux toponymes. Ils sont souvent de saule, sec ou vivant, mais l’osier vivant a l’avantage de s’enraciner dans la butte qu’on veut retenir et de rendre ainsi l’ensemble très solide.

Le jardin des simples (herbularius)

Le jardin des simples ou herbularius (de herba, herbae : herbe) est un jardin où l’on cultive des plantes. On appelait simples, les plantes médicinales qui étaient utilisées pour soigner les malades sans avoir recours aux remèdes sophistiqués des apothicaires.

Il est omniprésent dans les monastères chrétiens, et ce jardin des simples se situe en général dans l’espace de l’infirmerie, souvent près de l’apothicairerie, mais aussi de la maison des saignées ou du cloître, conformément au modèle du plan de Saint-Gall.

JPEG - 238.1 ko
Le jardin des simples

Le grand livre des simples du Moyen Age est sans doute celui de l’abbesse Hildegarde von Bingen (1099-1179), qui écrira son célèbre "Liber Simplis Medicinae", ouvrage important qui décrit près de 300 végétaux.

Le jardin potager (hortus)

Le potager médiéval, c’est l’hortus (littéralement "enclos", nom donné aux jardins en général dans la période médiévale). Comme pour le jardin des simples, le plan de Saint-Gall nous indique les plantes types qu’un monastère doit cultiver au potager, réparties ici en deux rangées de neuf parcelles, soit 18 plates-bandes distinctes, appelés planches depuis la fin du XIIIe siècle. Il ne faut pas s’étonner d’y trouver parfois des fleurs : Certes, elles permettent d’embellir différents espaces de l’abbaye et tout particulièrement l’abbatiale, mais il ne faut pas oublier que les fleurs seront consommés longtemps avant d’être un négligées par la gastronomie occidentale (puis retrouvées depuis peu), que l’on songe seulement à la violette, à la rose, à la mauve, à la fleur d’oranger ou de courge, etc... Ici, c’est du pavot dont il est question. On en mangeait les graines oléagineuses depuis des millénaires, sur le pain en particulier, faisait une huile siccative pour la peinture des manuscrits.

JPEG - 238.4 ko
Le jardin potager

Ache des marais (cousin sauvage du céleri ), Ail, Aneth, Bette, Pavot, Cerfeuil, Chou, Ciboule, Coriandre, Echalote, Laitue, Nigelle, Panais, Pavot , Persil, poireau, Raifort, Sarriette.

Le verger (viridarium)

Le verger médiéval, c’est le viridarium (ou viridiarium), parfois le pomarium, le "vergier" en vieux français. Il peut être un jardin d’agrément à la romaine. Pour les moines, il est surtout utilitaire et une source de méditation, avec de reposantes haltes sur des bancs de gazon, de bois ou de pierre.

Les arbres du verger modèle du plan de Saint-Gall sont précisées sur le manuscrit original par leurs fruits, à savoir : pommes, poire, mûre, pêche, prune, pin, sorbier, nèfle, cerise, laurier, chataîgne, figue, coing, noisette, amande et noix.

JPEG - 131.1 ko
Le verger

Le jardin d’agrément

Il s’agit d’un jardin d’agrément où abondent banquettes engazonnées, prairies mille-fleurs, arbres ornementaux, kiosques et fontaines.

JPEG - 39.1 ko
Le jardin d’agrément

Les murs végétaux sont percés de portes accédant à de minuscules jardins secrets qui sont de véritables havres de paix où tout invite au repos.

Certains d’entre eux, particulièrement raffinés, étaient consacrés à l’un des cinq sens :

  • l’ouïe était évoquée par la volière,le bruit de l’eau et le chant des oiseaux.
  • le jardin du goût abritait un petit potager dans lequel poussaient des légumes choisis pour leur beauté.
  • le jardin des senteurs ans lequel on se laissait guider par des bouffées délicieuses, véritable chant d’arômes qui atteint au plus profond de l’être
  • - le jardin des textures qui proposait de découvrir, du revers de la main, feuillages duveteux ou piquants.
  • - enfin le jardin de la vue avec ses couleurs délicieuses où s’entrelacaient les tons les plus séduisants, du bleu au pourpre en passant par les violets et tous les tons de roses que venaient apaiser quelques notes de blanc.

Le jardin secret (hortus conclusus)

L’hortus conclusus est directement inspiré des jardins bibliques. C’est un jardin de rêve, jardin secret, porteur d’un puissant symbolisme religieux inspiré par la description de l’Épouse, la Bien-Aimée , dans les Cantiques des Cantiques : « Elle est un jardin bien clos, ma soeur, ma fiancée ; un jardin bien clos , une source scellée... »

Jardin de la Rose

Ce jardin exprime l’essence de la Vierge et résume ses beautés et perfections.

JPEG - 116.4 ko
Le jardin de la rose

Dans ces jardins présidés par la Vierge, les fleurs étaient elles-mêmes des symboles : la rose devenue précisémment au Moyen Age, la fleur de la Vierge, le lys symbole de la chasteté et la violette, celui de l’humilité.

« Il existe des jardins qui ne sont pas d une grande utilité et ne produisent pas grand chose. Ils sont en fait arrangés pour le plaisir des sens : pour la vue et pour l’odorat »
Albert le Grand, De vegetabilibus et plantis ( vers 1260)

Pendant plus de deux siècles, le“Roman de la Rose” fit l’objet de nombreuses éditions illustrées. Ce jardin médiéval réunit une élégante assemblée autour de la fontaine.
Le personnage vêtu de bleu le fiancé est symboliquement invité à entrer dans le jardin clos.

Le Moyen Age se passionna pour les greffes. On tenta toutes les expériences, même les plus folles.
En 1393, le Mesnagier de Paris donnait une recette infaillible pour obtenir des raisins sans pépins en opérant les tailles par une nuit de pleine lune. Malgré ces errements, la science horticole fit des pro¬grès considérables.

Bibliographie

    • Jardins du Moyen Âge, préface de Pierre Grimal, Paris : Le Léopard d’or, 1995, 143 p., ill. (Publications du Centre de l’Enluminure et de l’Image médiévale de l’Abbaye de Noirlac).
    • Pierre-Gilles Girault, éd., Flore et jardins : usages, savoirs et représentations du monde végétal au Moyen Âge, Paris : Le Léopard d’or, 1997, 288 p. (Les cahiers du Léopard d’or, 6).
    • Marie-Thérèse Haudebourg, Les jardins du Moyen Âge, Paris, Perrin, 2001
    • Marie-Françoise Valéry, Alain LeToquin, Jardins du Moyen Âge, Tournai, La Renaissance du Livre, 2002
    • Marie-Thérèse Gousset, Jardins médiévaux en France, Rennes, Ouest-France, 2003